Théologie et spiritualité

 

La Cène

 La Cène dans la théologie réformée

 Les théologiens réformés ont eu le souci de se démarquer à la fois de la tradition catholique avec tout son rituel, son côté « magique » et la notion de présence réelle du Christ dans les éléments, mais aussi des réformateurs (Zwingli) qui ne voulaient voir dans la cène que le rappel symbolique du dernier repas.

Calvin insiste sur le fait que nous communions à la présence réelle du Christ, non captive des éléments (le pain et le vin) mais réelle dans le moment que nous partageons. Le pain et le vin sont des aides précieuses pour sentir la réalité de la présence de Dieu au plus intime de notre vie, non pas seulement spirituellement ou intellectuellement mais de manière quasi tangible.

La saint-Cène est l’un des deux sacrements que la théologie réformée reconnaît avec le baptême. Par sacrement, il faut comprendre le signe visible d’une grâce, (d’une présence) invisible.

Déroulement liturgique

Un ordre liturgique classique

Le cadre liturgique n’est pas absolument strict au sens où le déroulement de chaque cène doit être identique. Toutefois, son cadre n’est pas modulable à l’envi et un ordre est établi. Les passages obligés sont : la préface, l’institution, l’épiclèse, la fraction et l’élévation, l’invitation et l’action de grâce. Souvent, la prière d’intercession et le Notre Père sont incorporés à la liturgie de Cène.

Les éléments liturgiques sont souvent entrecoupés des répons qui peuvent être chantés (le Sanctus et l’Agnus Dei). Au moment de l’invitation, les paroles d’ « humble accès » sont parfois prononcées (Je ne suis pas digne de te recevoir…).

La Préface, ou prière d’introduction, permet souvent de faire un lien avec la prédication qui précède et nous permet de nous préparer à ce nouveau temps liturgique. L’institution rappelle que c’est le Seigneur qui a « institué » ce repas au soir de sa Passion. La liturgie reprend les paroles qu’on retrouve dans l’Evangile.

L’importance et la particularité de l’épiclèse

L’épiclèse (du verbe grec « appeler sur ») joue un rôle clef dans la liturgie de Cène en théologie réformée. A la différence de la liturgie catholique qui appelle l’esprit sur les éléments qui seront par le pouvoir du prêtre transformés en corps et en sang du Christ, la liturgie réformée appelle l’Esprit Saint à souffler sur NOUS (et pas sur les éléments).

C’est par la présence de l’Esprit Saint qui nous transforme que nous sommes à même de vivre un temps de communion et de sentir dans ce pain et ce vin ordinaires les signes de la présence du Vivant en nous et parmi nous.

Voici un exemple d’épiclèse : « Seigneur envoie maintenant sur nous ton Esprit Saint pour qu’en communiant à ce pain et à ce vin, il nous soit donné de sentir la réalité de ta présence dans notre vie. »

La fréquence de la Cène

Historiquement

En réaction à la pratique catholique, et compte tenu du contexte, les Réformateurs ont réduit drastiquement la fréquence de la Cène, même si Calvin rappelle qu’il serait bon de la célébrer le plus souvent possible. Si elle est rare, c’est dommage, car l’on se prive d’un moment très fort communautairement et spirituellement ; mais si elle est trop fréquente, ne risque-t-on pas d’en faire une habitude et d’en perdre la saveur ? Ce qui est précieux ne doit-il pas demeurer rare ? Entretenir une certaine frustration ne renforce-t-il notre désir de participer à la Cène ?

Aujourd’hui à St Pierre

La pratique est d’une fois par mois à 10h, le 2ème dimanche du mois et lors des offices du soir (une fois par mois également, 4ème dimanche).

Quelle pratique au sein de l’Eglise protestante de Genève (EPG) ?

L’EPG ne donne pas de règles en matière de fréquence de la Cène (article 203 des règlements), mais indique qu’elle est célébrée sous les deux espèces, selon les règles fixées par le conseil de paroisse et au moins aux moments de Pâques, de Pentecôte, du Jeûne fédéral (sic !) et de Noël.

Qui est invité à participer ?

Ouverture, accueil du Seigneur

La tradition réformée est celle d’un accueil très large. Nous rappelons que si nous avons dressé la table, c’est le Seigneur qui préside ce repas et que Lui seul est donc à même d’inviter. Généralement, l’invitation se termine par ces phrases : « vous êtes tous invités au repas du Seigneur, c’est le Seigneur lui-même qui vous convie à sa table ». Toutes les personnes des autres confessions chrétiennes sont donc très ouvertement et explicitement invitées à participer.

Souhait d’une préparation personnelle

Certains toutefois souhaitent rajouter à cette invitation large la demande de reconnaitre Jésus comme Seigneur afin de pouvoir vivre pleinement l’expérience spirituelle que représente la Cène. La question est ouverte. Comme la question de s’examiner soi-même avant de participer à la Cène (selon les injonctions de Paul). « Faites d’abord la paix avec votre frère. » (1 Co 11, 28). S’il y a accueil très large, il ne devrait pas y avoir automaticité.

La question de la participation des enfants

L’article 203 des règlements de notre église autorise la participation des enfants baptisés à la Cène qui ont suivi une catéchèse sur la question. La pratique reste toutefois variable d’une paroisse à l’autre. L’on constate souvent que si des enfants participent avec bonheur à la Cène d’autres souhaitent d’eux-mêmes attendre avant de participer.

Le rôle des laïcs

La Cène doit-elle être présidée par un ministre ? Oui et non…

Les pasteurs au moment de leur consécration sont notamment consacrés pour la prédication et le dispense des sacrements. Il y a donc un lien qui est fait entre le ministère pastoral et la présidence de la Cène. Toutefois, ce lien n’est pas ontologique (comme pour le prêtre). Le pasteur n’est pas un être particulier qui ferait qu’il est le seul à pouvoir rendre valable et opérant le sacrement. La question du lien entre le pastorat et la présidence de la cène est à chercher plutôt dans la formation des ministres et pour la bonne ordonnance des sacrements. Tout le monde n’est pas appelé à tout faire ; ce qui ne revient pas à dire que tout le monde ne pourrait pas tout faire.

En effet, si la pratique tend donc à confier aux pasteurs la présidence de la Cène, l’Eglise peut accorder une « délégation pastorale » qui permet à tout un chacun à commencer par les autres ministres consacrés (les diacres), mais aussi certains laïcs formés, de présider à la Cène.

L’on peut également envisager dans le cadre d’une cène célébrée en présence d’un pasteur que les rôles entre laïcs et pasteurs soient partagés. En tradition catholique, seul le prêtre est autorisé à prononcer les paroles de l’Institution. Ce n’est pas le cas en tradition réformée ou les paroles de l’Institution comme les autres temps liturgiques de la Cène (épiclèse, fraction, etc…) peuvent être répartis entre pasteurs et laïcs.

Pasteur Emmanuel Fuchs.