Jean Calvin

Au seizième siècle, l’Europe quitte le Moyen Age pour entrer dans une période effervescente appelée la Renaissance. Cette effervescence s’empare des idées religieuses et agite l’Eglise jusqu’à susciter la naissance d’une chrétienté nouvelle, la Réformation.
Un moine allemand, Martin Luther est le premier promoteur de la Réformation. Ses thèses profitent d’un média récemment inventé, l’imprimerie.
De quoi s’agit-il ? D’un retour à la source de la Bible chrétienne et d’une refonte de la conception de l’Eglise à partir de cette source.

Genève est une petite cité indépendante et l’une des plus anciennes démocraties européennes avec les cités de la Grèce antique. Elle a aboli la messe en 1535 et opté définitivement pour la Réforme en mai 1536, rompant ainsi avec le Pape et la Maison de Savoie dont elle chasse l’évêque, Jean de la Baume. C’est donc en raison d’une décision démocratique du peuple genevois que Jean Calvin arrive aux affaires.
Jean Calvin appartient à la seconde génération des Réformateurs. En 1536 c’est un jeune homme extrêmement doué, qui a fait des études de droits avant de se lancer dans la théologie. Il est l’auteur d’un best-seller, l’Institution de la Religion Chrétienne, qui l’a déjà rendu célèbre.
Se destinant à enseigner à Strasbourg, il passe par Genève. On le reconnaît, Guillaume Farel lui demande de rester pour l’aider à édifier la nouvelle Eglise. Il accepte, convaincu que c’est la Providence divine qui l’a amené en cette ville.

Son premier séjour à Genève va durer de 1536 à 1538. Sa priorité est l’implantation de la réforme de l’Eglise. L’Eglise de Calvin n’est pas hiérarchique avec un pape à son sommet. La fonction de prêtre, intermédiaire entre Dieu et le reste des fidèles, disparaît au profit du pasteur. Le pasteur est un laïc instruit qui guide la communauté par son savoir et sa prédication, mais il n’est pas au-dessus des autres devant Dieu. Chaque croyant est responsable pour lui-même de sa foi sous le regard de Dieu. Et les membres de l’Eglise sont liés par un contrat théologique commun, la confession de foi. C’est dire l’importance de la doctrine.

Des tensions avec les autorités civiles autour de la confession de foi obligatoire et de l’accès à la communion provoquent le bannissement de Calvin en 1538. Il se rend à Strasbourg pour trois ans. Là il s’occupe de l’une des toutes premières paroisses réformées au monde et de la formation des futurs pasteurs. Il épouse Idelette de Bure dont il aura un enfant, mort très jeune.
En l’absence de Calvin, les catholiques entreprennent de regagner Genève à leur cause par l’entremise du Cardinal Sadolet. Inquiet, le Conseil de la ville lui demande de revenir.

La seconde période genevoise du Réformateur commence en septembre 1541.
Dés son retour, Calvin soumet au vote des Genevois les Ordonnances ecclésiastiques. Elles donnent une constitution à l’Eglise. L’Eglise est dirigée par un Consistoire et par la Compagnie des pasteurs. Elle est égalitaire et démocratique, les pasteurs sont élus par l’assemblée des fidèles. Elle est séparée de l’Etat en ce sens qu’elle est autonome dans ses décisions. En revanche l’Etat a le devoir de la protéger.

L’œuvre intellectuelle de Calvin est considérable. Outre L’Institution de la Religion Chrétienne, constamment augmentée, il a commenté tous les livres de la Bible à l’exception de l’Apocalypse de Jean, qu’il n’aimait guère. Il a rédigé quantité de traités, longs ou brefs, souvent de controverse, et des catéchismes. Sa correspondance est extraordinairement variée, elle s’étend des questions théologiques jusqu’à la diplomatie et la géopolitique de l’époque. A quoi il faut ajouter des centaines de sermons. La Bible de Genève, qu’il supervise, est aujourd’hui regardée comme l’un des étapes les plus importantes dans la fixation du français moderne.

En quelques années, Genève devient un centre européen du livre imprimé, en plusieurs langues. Les imprimeurs préférés de Calvin sont Robert Estienne et Guillaume Budé.

A ses yeux le concept de l’étude est important. « Là ou il n’y a pas d’étude, on n’adore que des fantômes » écrit Calvin, qui a reçu une formation humaniste. Il crée un collège public (le collège de Rive) et une académie dont Théodore de Bèze, son bras droit, est le premier recteur. Genève devient ainsi une capitale intellectuelle rayonnant au loin.

Mais la Réforme ne se limite pas au seul champ religieux. Elle concerne la société toute entière.
C’est ainsi que Calvin crée l’Hospice (ancêtre des institutions sociales ) pour s’occuper des pauvres. Il fait agrandir l’Hôpital de Plainpalais et favorise la recherche médicale.

Du point de vue moral, la réforme calviniste est exigeante. Elle requiert de la part des chrétiens une exemplarité pesante à la longue. Le Consistoire veille aux bonnes mœurs, l’adultère ou la prostitution pouvant être unis de mort. Cependant l’égalité de l’homme et de la femme est proclamée et le divorce autorisé, le mariage n’étant plus considéré comme un sacrement.

On a beaucoup écrit à propos des rapports entre Calvin et le capitalisme. Il est vrai que le Réformateur a autorisé le prêt à intérêt mais il n’a pas inventé le système, déjà pratiqué par les banquiers lombards et vénitiens. Sa conception de l’argent est largement influencée par le Talmud, ce qui est apparu nouveau pour les chrétiens! Il est très favorable à la prospérité économique à condition que le bien commun ne soit pas perdu de vue.

L’influence politique de Calvin sur Genève est aussi discutée. Il est français et ne deviendra bourgeois que quatre ans avant sa mort. Il n’est pas éligible et ne sera jamais membre du gouvernement, distribué entre le Grand et le Petit Conseil. Il n’a pas imposé de constitution à la République. Cependant, en raison de ses connaissances juridiques et de la clarté de sa pensée, il a été souvent consulté pour la création de nouvelles lois.

Si Calvin a reçu toute sa vie le soutien de l’Etat, il a connu bien des problèmes avec la population locale. Un parti appelé les Libertins (les partisans de la liberté) va lui mener la vie dure. Il est victime de xénophobie. Les élections sont très serrées et les luttes internes fréquentes.

Au niveau international, Calvin a fait de la petite République une référence majeure du jeu diplomatique et géopolitique européen. C’est grâce à lui que Genève est devenue un symbole religieux mondial.

Mais Calvin n’a pas laissé que des bons souvenirs dans la mémoire des genevois. La Réformation est une période marquée par l’intolérance. A Genève, il est obligatoire d’être calviniste.
Malheur à celui qui met en doute la double prédestination, le baptême des enfants ou la Sainte Trinité ! En matière théologique, Calvin se montre aussi implacable que l’Inquisition. Aucune contradiction n’est tolérée. Sous ce régime, plusieurs procès en hérésie sont restés fameux : celui de Jérôme Bolsec qui niait la prédestination, celui de Jacques Gruet, un athée, celui de Michel Servet, opposé à la trinité, et celui de Valentin Gentilis (idem).

Il est juste de dire que l’intolérance n’avait rien d’exceptionnel en ce temps-là, tant du côté catholique que du côté protestant. Mais on peut regretter que Calvin n’ait pas … réformé l’intolérance chrétienne! C’est l’un de ses amis, devenu son adversaire, Sébastien Castellion, qui s’en préoccupera.

calvinCalvin prêchant à saint-pierre,
tableau de Ferdinand holder

Calvin meurt le 27 mai 1564. Les réformés ne le considère pas comme un saint, Dieu seul sait qui est saint et qui ne l’est pas. Mais il reste l’initiateur d’un puissant courant de civilisation qui a marqué la naissance du monde moderne. Le protestantisme commence avec lui mais ne se limite pas à lui. C’est la tâche de chaque génération de le développer et l’enrichir. Être un calviniste aujourd’hui ne consiste pas à répéter ce qu’il a dit ou écrit, mais retrouver la même créativité et la même inspiration afin de résoudre les problèmes qui se posent à nous aujourd’hui.

Vincent Schmid

 

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